29.01.2009
moeurs bureaucratiques.
Un bureau, situé sur les grands boulevards au début des années 80.
Je suis la petite dernière, fraîchement arrivée, celle qui - à ce titre - excite toutes les curiosités.
Pour la dernière fois mais je ne le sais pas encore, j'ai réussi à me faire embaucher en réclamant mon salaire brut en net. Ce genre de moeurs était courant dans le passé et je ne me suis pas privée d'y avoir recours moi qui avais appris ce métier " sur le tas " sans diplôme aucun, ayant abandonné mes études trop vite.
Les collègues se méfient de moi, je suis la seule à arriver avec le qualificatif professionnel de " rédactrice " toutes les autres ont gravi sur place les échelons un à un, simple archiviste parfois, sténo-dactylo (et oui, il y en avait encore ! ) puis secrétaire et enfin, la rédaction c'est à dire une relative autonomie de gestion ...
Parmi les employés, rien que des femmes, en revanche, les hommes sont tous cadres. Quand une réussit à passer le cap, la démarche n'a rien d'innocent.
Nous sommes sous la responsabilité d'un fondé de pouvoirs. Petit bonhomme à la cinquantaine incontestable, redoutable juriste qui fait trembler les avocats avec lesquels il aime se mesurer, conséquence d'un complexe évident. Il a rêvé un temps d'effets de manches ... Pour adjoint, il a un énorme balourd réac' au possible qui se vante d'avoir " fait l'Algérie " et déclare qu'il faudrait nettoyer la Goutte d'Or au lance-flammes. Nous ne tarderons pas à avoir des mots, lui et moi.
Petit hiatus, mes collègues sont tous et toutes mariés et un mur d'incompréhension ne va pas tarder à s'élever, jour après jour, pierre par pierre ...
Cela est perceptible (le lundi surtout) quand chacun éprouve le besoin de raconter son week-end et que je reste muette persuadée que ma vie privée ne les regarde pas.
Celle qui détend le plus l'atmosphère dans ces cas là est Evelyne, l'archiviste dont le mari travaille à Télé-Machinchose et qui distribue généreusement les magazines à tout va. Elle a toujours le mot pour rire et le don de dévier la conversation quand un sujet s'enlise ou devient scabreux.
Face à moi, (les bureaux sont disposés en vis-à-vis, deux par deux) Marguerite, la doyenne une femme divorcée qui vit en compagnie de sa vieille mère et d'un chien qui l'attend enfermé tout le jour, ce que je peine à comprendre ...
Très rapidement, je me rends compte qu'elle a une prédilection pour les dossiers " risques divers " (r.c., incendie, vol, dégâts-des-eaux ) et comme je préfère les accidents de la circulation, nous ne tardons pas à effectuer des échanges dans le style : un R.D. contre 6 autos. Cela ne me dérange pas bien au contraire. Elle aime travailler lentement et moi c'est l'inverse, ce qui tombe bien.
Un détail, tout le monde se tutoie sauf en ce qui la concerne ... On respectait encore les aînés à l'époque et elle nous renvoie scrupuleusement la politesse.
Deux autres filles à peine plus jeunes que moi Mercédès et Sandrine font un peu bande à part. Leurs époux employés dans la même banque sont des copains et les épouses ont décidé d'en faire autant. Elles se racontent presque tout y compris leurs nuits ... (Il y en a une qui aime ça et l'autre pas.) Je pouffe discrètement dans mon coin en prévision de ce qui va se produire, cet échange qui mettra tout le monde d'accord après quelques crêpages de chignons.
Reste la coincée de service, Yvonne qui avec dix ans de moins que moi en paraîtra toujours dix de plus. L'oreille de la direction, celle qui brigue secrètement la place du numéro deux et finira par l'obtenir en trahissant tout le monde.
Immergée dans les dossiers, j'observe tout cela avec distanciation ayant pour perspective, l'heure de la sortie fixée à 17h.30.
A suivre ...
N.B. Toute ressemblance avec la réalité n'étant pas fortuite, j'ai bien évidemment changé les prénoms ...
13:34 Publié dans souvenirs en vrac | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note





